Aller au contenu principal

Savourer les moments positifs

Savourer consiste à porter délibérément son attention sur une expérience agréable, pendant qu’elle se déroule ou après coup, pour que l’émotion soit pleinement ressentie et se prolonge.

Par ·

Les deux premières gorgées d’un bon café sont pleinement appréciées. Vers la troisième, vous avez déjà le téléphone à la main, et le reste de la tasse est avalé sans même être goûté.

Savourer désigne l’autre possibilité : porter délibérément son attention sur une expérience agréable, pour qu’elle soit pleinement ressentie au lieu de passer à l’arrière-plan. On présente généralement cette démarche comme le pendant positif des stratégies d’adaptation. Celles-ci correspondent à ce qu’une personne fait face à une émotion désagréable ; savourer correspond à ce qu’elle fait d’une émotion agréable. Dans les deux cas, il s’agit d’une action, pas d’un état d’esprit dans lequel on se trouve.

Ce que signifie savourer

Il s’agit d’un ensemble de stratégies, et non d’un acte unique. En parler à quelqu’un. Ralentir et laisser une sensation occuper toute son attention. Remarquer un détail de manière à pouvoir se le rappeler plus tard. S’autoriser à penser que l’on a bien fait.

Quoidbach, Berry, Hansenne et Mikolajczak ont comparé huit de ces stratégies en 2010 — quatre qui amplifient une émotion positive et quatre qui l’atténuent — et ont constaté que les deux ensembles étaient associés au bien-être dans des sens opposés. C’est l’enseignement utile de ce résultat. Savourer ne repose pas sur une compétence unique, et les stratégies ne se substituent pas les unes aux autres.

Jose, Lim et Bryant ont ensuite mené une étude fondée sur un journal quotidien et ont rapporté que le fait de savourer renforçait le lien entre les événements agréables d’une journée et le bonheur ressenti ce jour-là. Les mêmes événements, mais une quantité différente de bonheur retirée de ceux-ci.

La place réelle de l’écriture d’un journal

On distingue généralement les façons de savourer selon leur temporalité : anticiper quelque chose à venir, s’y absorber dans l’instant ou se le remémorer ensuite. La plupart des travaux sur le sujet portent sur la deuxième période. L’écriture d’un journal se fait le plus souvent plusieurs heures après, le soir, de mémoire.

Une entrée de journal relève donc du plaisir de savourer par le souvenir, et il importe de ne pas brouiller cette distinction. Les trois bonnes choses constituent une forme de remémoration assortie d’un cadre. Cet exercice ne vous replonge pas dans l’instant ; il vous invite à retrouver trois moments et à dire ce qu’ils ont été. C’est une démarche bien réelle. Ce n’est pas une absorption dans l’instant présent, et une page qui promet cette absorption tout en proposant un travail de remémoration en fait trop.

Pourquoi ce n’est pas toujours bénéfique

Savourer est souvent présenté comme une démarche purement positive, alors que les données ont une portée plus limitée. L’autre moitié de la comparaison de 2010 concerne l’atténuation : réprimer l’expression de l’émotion, se distraire, chercher le défaut, se dire que cela ne durera pas. Ce sont des réactions ordinaires, pas des comportements inhabituels, et elles vont dans le sens opposé.

Il existe aussi une hypothèse moins étayée, qu’il faut présenter comme telle : l’attention elle-même pourrait parfois produire l’effet inverse. Analyser pourquoi un bon moment est agréable mobilise l’attention dont on a besoin pour le vivre. Si cette hypothèse est juste, elle plaide modestement en faveur d’entrées qui consignent ce qui s’est passé plutôt que d’entrées qui expliquent ce que cela signifiait — mais il s’agit d’une intuition sur un mécanisme, et non d’un résultat établi.

Sa place parmi les autres notions

Savourer intervient en amont de la mise en mémoire. La règle du pic et de la fin et la négligence de la durée décrivent les parties d’un épisode qui restent en mémoire ; l’adaptation hédonique décrit la manière dont une chose agréable cesse de se faire sentir une fois qu’elle devient ordinaire.

Savourer est le seul élément de cette liste qui relève d’un comportement plutôt que d’une distorsion. C’est donc le seul sur lequel vous pouvez agir directement, ce qui explique aussi pourquoi il est le plus facile d’en exagérer les promesses.

Recherche

Questions fréquentes

Que signifie savourer les moments positifs ?

Savourer, c’est ce que vous faites d’une émotion agréable pour la prolonger : y porter volontairement votre attention au lieu de la laisser passer à l’arrière-plan. On présente généralement cette démarche comme le pendant des stratégies d’adaptation. Celles-ci regroupent ce que les gens font face à une émotion désagréable ; savourer regroupe ce qu’ils font d’une émotion agréable. Le mot important dans les deux cas est *faire*, car savourer est un comportement plutôt qu’un état d’esprit.

Savourer est-il la même chose que la pleine conscience ?

Les deux se recoupent sans être identiques. Une façon reconnue de savourer consiste simplement à s’absorber dans l’instant présent, ce qui se rapproche de ce que développe la pratique de la pleine conscience. Mais savourer comprend aussi des démarches qui ne relèvent pas de la pleine conscience : raconter quelque chose d’agréable à quelqu’un, fixer délibérément un détail en mémoire pour le retrouver plus tard, s’autoriser à reconnaître ses propres mérites. De plus, savourer ne concerne que les expériences positives, tandis que la pleine conscience est censée s’appliquer à tout ce qui est présent.

Écrire dans un journal est-il une façon de savourer ?

C’en est une forme. On distingue généralement les façons de savourer selon leur temporalité : anticiper quelque chose d’agréable, s’y absorber au moment où cela se produit ou se le remémorer ensuite. Une entrée de journal rédigée en fin de journée relève presque par définition de la troisième forme. Il importe de le dire clairement, car on présente souvent l’écriture d’une entrée comme si elle procurait la deuxième, alors que lire le récit d’un moment n’est pas la même chose que le vivre.

Savourer peut-il produire l’effet inverse ?

Certaines façons de faire le peuvent. Le cas le plus clair est celui du schéma opposé, l’atténuation, qui consiste à minimiser une émotion agréable plutôt qu’à la prolonger. Il existe aussi une hypothèse moins étayée et moins bien établie selon laquelle trop analyser un bon moment en affadit l’expérience, car chercher à comprendre pourquoi quelque chose est agréable mobilise la même attention que le plaisir lui-même. Ni l’un ni l’autre ne signifie que savourer est une mauvaise idée ; cela signifie que les stratégies ne sont pas interchangeables et qu’une page qui les traite comme une seule et même chose exagère la portée des connaissances disponibles.

Qu’est-ce que l’atténuation des émotions positives ?

L’atténuation regroupe les réactions qui réduisent une émotion positive au lieu de la prolonger : cacher sa réaction, changer de sujet, chercher le défaut ou se rappeler que cela ne durera pas. Quoidbach et ses collègues ont comparé quatre stratégies d’atténuation à quatre stratégies permettant de savourer dans la même étude de 2010 et ont constaté que les deux ensembles étaient associés au bien-être dans des sens opposés. Cette notion est surtout utile pour décrire ces réactions. La plupart des gens reconnaissent au moins l’une des quatre comme quelque chose qu’ils font sans l’avoir décidé.