# Positivité toxique : définition et état de la recherche

> La positivité toxique consiste à imposer une vision positive en toute circonstance, en traitant les émotions négatives comme des défauts à corriger plutôt que des faits.

https://iamgrateful.life/fr/glossary/toxic-positivity


Quelqu’un vous raconte avoir passé une mauvaise semaine et vous vous entendez répondre : « Au moins, c’est vendredi. » L’intention était bienveillante. Mais ce qui a été reçu, c’est une consigne de se taire.

La positivité toxique, c’est ce réflexe devenu systématique : imposer une vision positive quelles que soient les circonstances, en traitant une émotion négative comme un défaut à corriger plutôt que comme un fait à reconnaître.

## Tout dépend du droit accordé à ce qui va mal d’exister réellement

L’optimisme est une prévision. Le recadrage consiste à porter un second regard sur quelque chose que l’on a déjà regardé en face. Ni l’un ni l’autre ne vous demande de nier l’état dans lequel vous vous trouvez.

Ce qui distingue la positivité toxique de ces deux démarches, c’est qu’elle exige une humeur positive avant même que la situation ait été reconnue. « Ça va probablement s’arranger » est une prédiction. « Ne sois pas négatif » est une correction adressée à quelqu’un à propos de son propre vécu. Le vocabulaire est proche, mais le traitement de l’état négatif est à l’opposé : l’un le laisse exister, l’autre le classe parmi les erreurs.

## C’est une expression populaire, pas un concept de recherche

Il faut le dire clairement : personne ne mène d’expériences sur la positivité toxique. Il n’existe ni échelle pour la mesurer ni littérature scientifique sous ce nom. C’est une expression née sur Internet, et une page qui cite des « études sur la positivité toxique » cite en réalité autre chose.

Cette autre chose existe bel et bien. Les concepts étudiés les plus proches sont la suppression expressive — le fait de retenir délibérément les manifestations extérieures d’une émotion — et l’évitement expérientiel, qui consiste à organiser son comportement de manière à ne pas ressentir cette émotion du tout.

Gross et Levenson [ont demandé à 180 participants de regarder des films tristes, neutres et amusants](https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/9103721/), en donnant à la moitié d’entre eux la consigne de masquer leurs réactions expressives. La suppression a produit l’effet attendu : les manifestations expressives ont diminué. Elle n’a pas aidé les participants à se sentir mieux et s’est accompagnée d’une activation sympathique accrue du système cardiovasculaire. Masquer l’expression d’une émotion n’équivalait manifestement pas, mesures à l’appui, à réduire cette émotion.

Campbell-Sills et ses collègues ont ensuite [comparé la suppression à l’acceptation](https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/16300723/) chez 60 personnes ayant reçu un diagnostic de troubles anxieux et de l’humeur. Pendant le film, les deux groupes ont rapporté une détresse similaire. Après le film, le groupe ayant reçu la consigne d’acceptation présentait moins d’affects négatifs pendant la période de récupération, et la fréquence cardiaque évoluait dans des directions opposées entre les deux groupes. Deux expériences, des mesures ciblées, des effets modestes : voilà le fondement défendable de cette expression populaire, dont la portée est plus limitée que l’expression ne le laisse entendre.

## Une application de gratitude peut tout à fait véhiculer cette positivité

C’est un risque qui nous concerne directement, et il serait malhonnête de le passer sous silence. Une invitation à noter [trois bonnes choses](/fr/glossary/three-good-things) chaque soir, lorsque la journée n’en a offert aucune, revient dans les faits à demander de supprimer ses émotions. Le format impose un cadre, la journée n’y entre pas, et la réponse exacte — il n’y a rien — finit par donner l’impression de ne pas être à la hauteur des attentes de l’application.

La solution n’est pas de formuler la consigne avec plus de douceur. Elle consiste à reconnaître qu’une entrée qui nomme avec justesse quelque chose de difficile reste une entrée à part entière : c’est tout le propos de [quoi écrire quand rien de bien ne s’est passé](/fr/blog/what-to-write-nothing-good-happened). Un journal qui n’accepte que les bonnes journées est un journal que l’on abandonne dès la deuxième semaine.

## Nommer est presque l’inverse d’effacer

[L’étiquetage émotionnel](/fr/glossary/affect-labeling) — mettre un mot sur ce que l’on ressent réellement — est une démarche mieux étayée par les recherches, et elle va dans le sens inverse. La suppression consiste à ne pas laisser de trace de l’émotion. L’étiquetage exige au contraire de la consigner avec précision.

Rien de tout cela ne constitue un conseil clinique, et aucune page ne peut vous dire où se situe la limite dans votre propre quotidien. Si une humeur dépressive persiste, la démarche à faire est d’en parler à quelqu’un — un médecin, un thérapeute, une personne qui puisse vous répondre.


## Recherches

- [Masquer ses émotions : les effets aigus de l’inhibition des émotions négatives et positives](https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/9103721/) — Gross, J. J., & Levenson, R. W. (1997)
- [Effets de la suppression et de l’acceptation sur les réponses émotionnelles de personnes présentant des troubles anxieux et de l’humeur](https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/16300723/) — Campbell-Sills, L., Barlow, D. H., Brown, T. A., & Hofmann, S. G. (2006)

## Questions fréquentes

### Qu’est-ce que la positivité toxique ?

Elle consiste à imposer une vision positive quelles que soient les circonstances, en traitant une émotion négative comme une erreur plutôt que comme une information. Ce qui la caractérise n’est pas la bonne humeur, mais la correction : au lieu d’accueillir l’émotion, on lui demande de cesser. C’est ce que fait une personne qui répond « au moins » avant d’avoir reconnu ce qui s’est passé, généralement avec de bonnes intentions. Cette expression relève du langage courant plutôt que d’un concept mesuré : elle décrit donc plus précisément une manière d’interagir reconnaissable qu’un objet de la littérature scientifique.

### La positivité toxique est-elle un véritable terme de psychologie ?

Non, et les pages qui citent des études à son sujet citent en réalité autre chose. Il n’existe ni instrument pour mesurer la positivité toxique ni littérature scientifique sous ce nom. En revanche, il existe un ensemble de travaux sur la suppression expressive et l’évitement expérientiel, auxquels cette expression renvoie approximativement. Pour formuler les choses honnêtement, la suppression a des coûts mesurables ; cela ne signifie pas qu’un phénomène désigné sous le nom de positivité toxique a été étudié.

### Quelle est la différence entre la positivité toxique et l’optimisme ?

L’optimisme est une attente concernant la manière dont les choses vont évoluer, et il ne vous oblige pas à nier votre situation actuelle. Le recadrage consiste à porter un second regard sur quelque chose que vous avez déjà vu clairement. La positivité toxique saute cette étape et exige d’abord une humeur positive. La différence tient au droit accordé à l’état négatif d’exister réellement : « ça va probablement s’arranger » et « ne sois pas si négatif » emploient un vocabulaire proche, mais traitent la personne de façon très différente.

### Tenir un journal de gratitude peut-il devenir une forme de positivité toxique ?

Oui, et le risque est structurel plutôt qu’accidentel. Une consigne exigeant trois bonnes choses lors d’une journée qui n’en a offert aucune impose un cadre auquel cette journée ne correspond pas, ce qui revient presque à demander de supprimer ses émotions. Pour en sortir, il ne faut pas une consigne plus douce, mais une exigence moindre : une entrée qui nomme avec justesse quelque chose de difficile reste une entrée achevée. Une pratique qui ne fonctionne que les bons jours n’est pas une pratique.

### Est-il mauvais de réprimer ses émotions ?

Les recherches ont une portée plus limitée que cette question. Dans l’étude de 1997 utilisant des films, masquer ses réactions expressives réduisait les manifestations extérieures sans diminuer de façon fiable l’émotion ressentie, et s’accompagnait d’une activation cardiovasculaire sympathique accrue. Dans une expérience menée en 2006 auprès de personnes ayant reçu un diagnostic de troubles anxieux et de l’humeur, une consigne d’acceptation a entraîné moins d’affects négatifs pendant la récupération qu’une consigne de suppression. Cela montre que la suppression a un coût dans une tâche de laboratoire, mais n’établit pas une règle applicable à chaque moment où vous décidez de garder quelque chose pour vous.

## Poursuivre la lecture

- [Quoi écrire dans un journal quand rien de bien ne s’est passé](https://iamgrateful.life/fr/blog/what-to-write-nothing-good-happened)
- [Gratitude ou affirmations : pourquoi l’une de ces pratiques peut avoir l’effet inverse](https://iamgrateful.life/fr/blog/gratitude-vs-affirmations)
- [Étiquetage émotionnel](https://iamgrateful.life/fr/glossary/affect-labeling)
- [Qu’est-ce qu’un journal de gratitude ? Définition et fonctionnement](https://iamgrateful.life/fr/glossary/gratitude-journaling)
- [Biais de négativité](https://iamgrateful.life/fr/glossary/negativity-bias)
