# Biais de négativité

> Les événements négatifs pèsent plus lourd que les événements positifs équivalents. Ce que cela implique, ou non, pour un journal de gratitude, avec les tailles d’effet issues de la méta-analyse.

https://iamgrateful.life/fr/glossary/negativity-bias


Perdez cinquante roupies et trouvez-en cinquante le même après-midi : vous n’en ressortirez pas à l’équilibre. C’est de la perte que vous parlerez. Le biais de négativité désigne cette asymétrie, et c’est l’un des phénomènes les plus solidement reproduits en psychologie sociale.

## L’étendue du phénomène

Il ne s’agit pas de dire que les gens sont malheureux. Le constat est plus précis et plus étrange : dans un éventail étonnant de domaines sans rapport entre eux, le côté négatif d’une paire pèse davantage que son côté positif de même ampleur. Baumeister, Bratslavsky, Finkenauer et Vohs ont défendu cette idée à ce niveau de généralité dans [*Le négatif est plus fort que le positif*](https://doi.org/10.1037/1089-2680.5.4.323), en passant en revue les données sur la formation des impressions, les relations, l’apprentissage et le regard sur soi, et en retrouvant cette asymétrie dans tous ces domaines.

La même année, Rozin et Royzman ont [décomposé le phénomène en composantes distinctes](https://doi.org/10.1207/S15327957PSPR0504_2) — notamment la dominance du négatif, c’est-à-dire le constat qu’un ensemble composé d’éléments positifs et négatifs est jugé plus défavorablement que ne le laisserait prévoir la somme de ses parties. Cette distinction compte lorsqu’on tient un journal. Elle signifie qu’une journée comportant une mauvaise heure n’est pas vécue comme une journée qui s’est, pour l’essentiel, bien passée.

## Biais de négativité et journal de gratitude

Il est tentant d’en conclure que noter les bonnes choses annule ce biais. Ce n’est pas le cas, et les pages qui le promettent en exagèrent les bienfaits.

Le biais tient à une pondération, et une note dans un journal ne change pas le poids d’un événement négatif. Ce qu’elle change, c’est ce qui reste *accessible en mémoire*. Les événements négatifs sont ressassés sans aucun effort — repassés en boucle pendant les trajets, racontés à nouveau au dîner — tandis qu’une heure agréable mais banale n’est remémorée par personne et devient difficile à retrouver en quelques jours. La description honnête du mécanisme n’est donc pas *le positif annule le négatif* ; c’est que le côté positif du bilan est le seul qui ait besoin d’un effort délibéré pour rester lisible.

C’est le raisonnement qui sous-tend le format des [trois bonnes choses](/fr/glossary/three-good-things) : trois, c’est assez peu pour tenir même les jours où l’envie n’y est pas, et c’est la précision qui permet de retrouver plus tard le souvenir consigné, plutôt que de ne relire qu’un slogan.

Il est utile de connaître la taille mesurée de l’effet avant de commencer. La [méta-analyse de 2016 sur les interventions fondées sur la gratitude](https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26575348/) de Davis et ses collègues a constaté qu’elles amélioraient davantage le bien-être psychologique qu’une condition témoin limitée à la prise de mesures (d = 0.31), qu’elles surpassaient dans une moindre mesure une condition de comparaison proposant une activité équivalente (d = 0.14), et qu’elles ne faisaient pas mieux qu’une condition de comparaison psychologiquement active (d = −0.03). En clair : tenir un journal de gratitude vaut mieux que ne rien faire et apporte à peu près autant que d’autres activités bénéfiques auxquelles vous pourriez consacrer ces mêmes dix minutes. C’est une attente raisonnable. Ce n’est pas un contrepoids à un biais inhérent à la façon même dont les événements s’impriment en nous.

Il est donc plus utile de voir le journal de gratitude non comme une correction, mais comme une tenue des comptes. Le côté négatif du bilan se tient tout seul ; le côté positif a besoin qu’on le consigne. Trois lignes précises par jour constituent une habitude d’entretien de la moitié du registre qui, autrement, disparaîtrait — une raison suffisante pour s’y mettre, sans lui prêter davantage de vertus.

## Sa place parmi les autres notions

Le biais de négativité se situe au début d’une séquence abordée par les autres notions de ce glossaire. Il décrit la pondération au moment de l’impact. La [règle du pic et de la fin](/fr/glossary/peak-end-rule) décrit quels moments d’un épisode sont conservés. Le [biais d’atténuation affective](/fr/glossary/fading-affect-bias) décrit ce qui arrive au ressenti au fil des années — et il agit, fort utilement, en sens inverse, puisque le négatif qui a frappé le plus fort s’estompe aussi le plus vite.

Aucun des quatre ne constitue à lui seul une intervention sur l’humeur. Ensemble, ils décrivent un système de conservation des souvenirs dont les distorsions sont connues, ce qui offre une raison plus solide d’écrire les choses que n’importe quelle promesse sur ce que cela vous fera ressentir.


## Recherche

- [Le négatif est plus fort que le positif](https://doi.org/10.1037/1089-2680.5.4.323) — Baumeister, R. F., Bratslavsky, E., Finkenauer, C., & Vohs, K. D. (2001)
- [Biais de négativité, dominance du négatif et contagion](https://doi.org/10.1207/S15327957PSPR0504_2) — Rozin, P., & Royzman, E. B. (2001)
- [Reconnaissance pour les petites choses : une méta-analyse des interventions fondées sur la gratitude](https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26575348/) — Davis, D. E., Choe, E., Meyers, J., Wade, N., Varjas, K., Gifford, A., et al. (2016)

## Questions fréquentes

### Qu’est-ce que le biais de négativité ?

Les choses négatives pèsent plus lourd que les choses positives équivalentes. Une remarque désagréable reste plus longtemps en mémoire que plusieurs paroles bienveillantes ; perdre une somme d’argent fait plus mal que trouver la même somme ne fait plaisir. L’effet concerne l’ampleur, pas la fréquence : l’événement négatif ne se produit pas plus souvent, il compte simplement davantage lorsqu’il survient.

### Pourquoi le cerveau fonctionnerait-il ainsi ?

L’explication habituelle repose sur l’asymétrie des coûts. Manquer une bonne occasion représente un gain perdu ; ne pas repérer une menace peut être fatal. Un système qui accorde un poids excessif au négatif présente donc un avantage, même lorsqu’il se trompe la plupart du temps. Cette explication rend la tendance plausible ; elle ne constitue pas un résultat de recherche distinct.

### Le biais de négativité est-il la même chose que le pessimisme ?

Non. Le pessimisme est une attente concernant l’avenir ; le biais de négativité est une pondération appliquée à ce qui se passe ou s’est passé. On peut être optimiste pour l’année prochaine tout en laissant une seule mauvaise réunion dominer son appréciation de la journée.

### Le biais de négativité contredit-il le biais d’atténuation affective ?

Ils opèrent à des échelles de temps différentes et sont compatibles. Le biais de négativité décrit l’impact sur le moment : le négatif frappe plus fort. Le biais d’atténuation affective décrit ce qui se passe ensuite : le ressenti négatif s’estompe plus vite. Les événements négatifs résonnent plus fort au départ, puis s’apaisent plus rapidement. C’est pourquoi un agacement peut dominer toute une journée et devenir réellement difficile à reconstituer un an plus tard.

### Un journal de gratitude peut-il contrebalancer le biais de négativité ?

En partie, et il importe de préciser ce que l’on entend par là. Écrire ne modifie pas le poids de l’événement négatif. Ce que cela change, c’est l’accessibilité en mémoire : les bons moments ne sont généralement pas remémorés, et sont donc difficiles à retrouver plus tard, tandis que les mauvais repassent en boucle sans effort. Une note dans un journal est une remémoration délibérée du côté qui n’en bénéficie pas spontanément. C’est un mécanisme modeste, pas un remède aux troubles de l’humeur.

## Poursuivre la lecture

- [Pourquoi les mauvais souvenirs s’estompent plus vite que les bons](https://iamgrateful.life/fr/blog/why-bad-memories-fade-faster)
- [Pourquoi tenir un journal de gratitude fonctionne : le seul avis négatif](https://iamgrateful.life/fr/blog/why-gratitude-journaling-works)
- [Théorie de l’élargissement et de la construction](https://iamgrateful.life/fr/glossary/broaden-and-build-theory)
- [Biais d’atténuation affective](https://iamgrateful.life/fr/glossary/fading-affect-bias)
- [Adaptation hédonique : pourquoi les bonnes choses ne nous font plus le même effet](https://iamgrateful.life/fr/glossary/hedonic-adaptation)
- [Règle du pic et de la fin : pourquoi deux moments définissent une journée](https://iamgrateful.life/fr/glossary/peak-end-rule)
- [Trois bonnes choses : l’exercice et comment le pratiquer](https://iamgrateful.life/fr/glossary/three-good-things)
- [Positivité toxique : définition et état de la recherche](https://iamgrateful.life/fr/glossary/toxic-positivity)
